Dis-moi, ma simple et ma tranquille amie – Émile VERHAEREN

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Dis-moi, ma simple et ma tranquille amie,
Dis, combien l’absence, même d’un jour,
Attriste et attise l’amour ,
Et le réveille, en ses brûlures endormies ?

Je m’en vais au-devant de ceux
Qui reviennent des lointains merveilleux
Où, dès l’aube, tu es allée ;
Je m’assieds sous un arbre, au détour de l’allée ;
Et, sur la route, épiant leur venue,
Je regarde et regarde, avec ferveur, leurs yeux
Encor clairs de t’avoir vue.

Et je voudrais baiser leurs doigts qui t’ont touchée,
Et leur crier des mots qu’ils ne comprendraient pas,
Et j’écoute longtemps se cadencer leur pas
Vers l’ombre où les vieux soirs tiennent la nuit penchée.

Émile VERHAEREN (1855-1916)

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Oh ! ce bonheur – Émile VERHAEREN

amoureux

Oh ! ce bonheur
Si rare et si frêle parfois
Qu’il nous fait peur

Nous avons beau taire nos voix
Et nous faire comme une tente,
Avec toute ta chevelure,
Pour nous créer un abri sûr,
Souvent l’angoisse en nos âmes fermente.

Mais notre amour étant comme un ange à genoux
Prie et supplie
Que l’avenir donne à d’autres que nous
Même tendresse et même vie,
Pour que leur sort, de notre sort, ne soit jaloux.

Et puis, aux jours mauvais, quand les grands soirs
Illimitent, jusques au ciel, le désespoir,
Nous demandons pardon à la nuit qui s’enflamme
De la douceur de notre âme.

Dans la maison où notre amour a voulu naître – Émile VERHAEREN

Aquarelle 1-2Dans la maison où notre amour a voulu naître,
Avec les meubles chers peuplant l’ombre et les coins,
Où nous vivons à deux, ayant pour seuls témoins
Les roses qui nous regardent par les fenêtres.

Il est des jours choisis, d’un si doux réconfort,
Et des heures d’été, si belles de silence,
Que j’arrête parfois le temps qui se balance,
Dans l’horloge de chêne, avec son disque d’or.

Alors l’heure, le jour, la nuit est si bien nôtre
Que le bonheur qui nous frôle n’entend plus rien,
Sinon les battements de ton cœur et du mien
Qu’une étreinte soudaine approche l’un de l’autre.

Émile VERHAEREN   (1855-1916)