Nocturne – Anatole LE BRAZ

lune

A madame Adolphe Graff

Le ciel s’éteint, tout va dormir
Je songe à des choses passées ;
C’est à la fois peine et plaisir.
La veilleuse du souvenir
S’allume au fond de mes pensées.

J’entends des pas, j’entends des voix,
Des pas furtifs, des voix lointaines
C’est peine et plaisir à la fois.
On dirait le frisson des bois
Sur le coeur tremblant des fontaines.

Des formes traversent la nuit,
Formes noires et formes blanches…
Où vont-ils et qui les conduit,
Ces passants qui passent sans bruit,
Comme la lune entre les branches ?

Le vent d’une ombre m’a frôlé…
Fantôme d’enfant ou de femme ?
Sur la veilleuse il a soufflé
Quelque chose d’inconsolé
S’est mis à pleurer dans mon âme.

Anatole LE BRAZ (1859-1926)

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Hantise — Stuart MERRILL

forêt fantôme

A EPHRAÏM MIKHAËL.

Par les vastes forêts, à l’heure vespérale,
Les ruisseaux endormeurs modulent leurs sanglots :
Mon âme s’alanguit d’une horreur sépulcrale
A l’heure vespérale où murmurent les flots.

Les ruisseaux endormeurs modulent leurs sanglots
Sous les feuilles que frôle un vent crépusculaire :
A l’heure vespérale où murmurent les flots
Un fantôme s’effare en l’ombre funéraire.

Sous les feuilles que frôle un vent crépusculaire
La lueur de la lune illumine le soir :
Un fantôme s’effare en l’ombre funéraire
Et l’âme de l’air râle en brumes d’encensoir.

La lueur de la lune illumine le soir,
Impalpable remous de la marée astrale,
Et l’âme de l’air râle en brumes d’encensoir
Par les vastes forêts, à l’heure vespérale.

Stuart MERRILL, 1863-1915