J’veux du soleil — Au P’Tit Bonheur

 Etsy
Je suis resté qu’un enfant
Qu’aurait grandi trop vite
Dans un monde en super plastique
Moi j’veux retrouver… Maman !
Qu’elle me raconte des histoires
De Jane et de Tarzan
De princesses et de cerfs-volants
J’veux du soleil dans ma mémoire.

J’veux du soleil

J’veux traverser des océans
Et devenir Monte-Christo
Au clair de lune
M’échapper de la citadelle
J’veux devenir roi des marécages

Me sortir de ma cage
Un Père Noël pour Cendrillon
Sans escarpin…

J’veux faire danser Maman
Au son clair des grillons
J’veux retrouver mon sourire d’enfant
Perdu dans le tourbillon
Dans le tourbillon de la vie
Qui fait que l’on oublie
Que l’on est resté des mômes
Bien au fond de nos abris.

J’veux du soleil

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Les voiles – Alphonse de LAMARTINE

Philippe Jacquet  _Philippe Charles Jacquet  _ paintings (7)

Quand j’étais jeune et fier et que j’ouvrais mes ailes,
Les ailes de mon âme à tous les vents des mers,
Les voiles emportaient ma pensée avec elles,
Et mes rêves flottaient sur tous les flots amers.

Je voyais dans ce vague où l’horizon se noie
Surgir tout verdoyants de pampre et de jasmin
Des continents de vie et des îles de joie
Où la gloire et l’amour m’appelaient de la main.

J’enviais chaque nef qui blanchissait l’écume,
Heureuse d’aspirer au rivage inconnu,
Et maintenant, assis au bord du cap qui fume,
J’ai traversé ces flots et j’en suis revenu.

Et j’aime encor ces mers autrefois tant aimées,
Non plus comme le champ de mes rêves chéris,
Mais comme un champ de mort où mes ailes semées
De moi-même partout me montrent les débris.

Cet écueil me brisa, ce bord surgit funeste,
Ma fortune sombra dans ce calme trompeur ;
La foudre ici sur moi tomba de l’arc céleste
Et chacun de ces flots roule un peu de mon cœur.

Alphonse de LAMARTINE   (1790-1869)

La passante – Emile NELLIGAN

Image

Hier, j’ai vu passer, comme une ombre qu’on plaint,
En un grand parc obscur, une femme voilée :

Funèbre et singulière, elle s’en est allée,
Recélant sa fierté sous son masque opalin.

Et rien que d’un regard, par ce soir cristallin,
J’eus deviné bientôt sa douleur refoulée ;
Puis elle disparut en quelque noire allée
Propice au deuil profond dont son cœur était plein.

Ma jeunesse est pareille à la pauvre passante :
Beaucoup la croiseront ici-bas dans la sente
Où la vie à la tombe âprement nous conduit;

Tous la verront passer, feuille sèche à la brise
Qui tourbillonne, tombe et se fane en la nuit ;
Mais nul ne l’aimera, nul ne l’aura comprise.

Emile NELLIGAN   (1879-1941)