A des âmes envolées – Victor HUGO

Ces âmes que tu rappelles,
Mon coeur, ne reviennent pas.
Pourquoi donc s’obstinent-elles,
Hélas ! à rester là-bas ?

Dans les sphères éclatantes,
Dans l’azur et les rayons,
Sont-elles donc plus contentes
Qu’avec nous qui les aimions ?

Nous avions sous les tonnelles
Une maison près Saint-Leu.
Comme les fleurs étaient belles !
Comme le ciel était bleu !

Parmi les feuilles tombées,
Nous courions au bois vermeil ;
Nous cherchions des scarabées
Sur les vieux murs au soleil ;

On riait de ce bon rire
Qu’Éden jadis entendit,
Ayant toujours à se dire
Ce qu’on s’était déjà dit ;

Je contais la Mère l’Oie ;
On était heureux, Dieu sait !
On poussait des cris de joie
Pour un oiseau qui passait.

Victor HUGO

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Émile Nelligan – Le regret des joujoux

https://www.youtube.com/watch?v=eeLLbdfTrqI Le regret des joujoux Toujours je garde en moi la tristesse profonde Qu’y grava l’amitié d’une adorable enfant Pour qui la mort sonna le fatal olifant, Parce qu’elle était belle et gracieuse et blonde. Or, depuis je me sens muré contre le monde, Tel un prince du Nord que son Kremlin défend, Et, navré du regret dont je suis étouffant, L’Amour comme à sept ans ne verse plus son onde. Où donc a fui le jour des joujoux enfantins, Lorsque Lucile et moi nous jouions aux pantins Et courions tous les deux dans nos robes fripées ? La petite est montée au fond des cieux latents, Et j’ai perdu l’orgueil d’habiller ses poupées… Ah ! de franchir sitôt le portail des vingt ans ! Émile Nelligan