Novembre – François COPPÉE

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Captif de l’hiver dans ma chambre

Et las de tant d’espoirs menteurs,
Je vois dans un ciel de novembre,
Partir les derniers migrateurs.

Ils souffrent bien sous cette pluie ;
Mais, au pays ensoleillé,
Je songe qu’un rayon essuie
Et réchauffe l’oiseau mouillé.

Mon âme est comme une fauvette
Triste sous un ciel pluvieux ;
Le soleil dont sa joie est faite
Est le regard de deux beaux yeux ;

Mais loin d’eux elle est exilée ;
Et, plus que ces oiseaux, martyr,
Je ne puis prendre ma volée
Et n’ai pas le droit de partir.

François COPPÉE (1842-1908)

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Nous dormirons ensemble – Louis Aragon

nous dormirons ensemble

Que ce soit dimanche ou lundi
Soir ou matin minuit midi
Dans l’enfer ou le paradis
Les amours aux amours ressemblent
C’était hier que je t’ai dit
Nous dormirons ensemble

C’était hier et c’est demain
Je n’ai plus que toi de chemin
J’ai mis mon cœur entre tes mains
Avec le tien comme il va l’amble
Tout ce qu’il a de temps humain
Nous dormirons ensemble

Mon amour ce qui fut sera
Le ciel est sur nous comme un drap
J’ai refermé sur toi mes bras
Et tant je t’aime que j’en tremble
Aussi longtemps que tu voudras
Nous dormirons ensemble.

Louis Aragon (1897-1982)

 

La brume – Alphonse Beauregard (1881-1924)

Le Saint-Laurent, mordu par les souffles d’automne,
S’exaspère. Partout sur le fleuve dément
L’âme des bois brûlés flotte languissamment.
Affolé, mon canot plonge dans l’eau gloutonne.

Pas d’oiseaux. Aucun coup de fusil ne résonne.
Le vaste et lourd brouillard, gris uniformément,
De son opacité cache tout mouvement
Et dans une caverne étrange m’emprisonne.

Verdâtres, turbulents, accourus du chaos,
Avec des bruits de haine autour de moi les flots
Se dressent. On dirait la fureur d’une armée.

Seul et domptant la voile où souffle un vent du nord
Je me crois égaré dans quelque monde mort
Sous l’irrémédiable ennui de la fumée.