Au point du jour, souvent en sursaut, je me lève – Victor HUGO

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Au point du jour, souvent en sursaut, je me lève,
Éveillé par l’aurore, ou par la fin d’un rêve,
Ou par un doux oiseau qui chante, ou par le vent.
Et vite je me mets au travail, même avant
Les pauvres ouvriers qui près de moi demeurent.
La nuit s’en va. Parmi les étoiles qui meurent
Souvent ma rêverie errante fait un choix.
Je travaille debout, regardant à la fois
Éclore en moi l’idée et là-haut l’aube naître.
Je pose l’écritoire au bord de la fenêtre
Que voile et qu’assombrit, comme un antre de loups,
Une ample vigne vierge accrochée à cent clous,
Et j’écris au milieu des branches entr’ouvertes,
Essuyant par instants ma plume aux feuilles vertes.

Victor HUGO (1802-1885)

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Rêvé pour l’hiver – Arthur RIMBAUD

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L’hiver, nous irons dans un petit wagon rose
Avec des coussins bleus.
Nous serons bien. Un nid de baisers fous repose
Dans chaque coin moelleux.

Tu fermeras l’oeil, pour ne point voir, par la glace,
Grimacer les ombres des soirs,
Ces monstruosités hargneuses, populace
De démons noirs et de loups noirs.

Puis tu te sentiras la joue égratignée…
Un petit baiser, comme une folle araignée,
Te courra par le cou…

Et tu me diras :  » Cherche !  » en inclinant la tête,
– Et nous prendrons du temps à trouver cette bête
– Qui voyage beaucoup…

Arthur RIMBAUD (1854-1891)

Novembre – François COPPÉE

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Captif de l’hiver dans ma chambre

Et las de tant d’espoirs menteurs,
Je vois dans un ciel de novembre,
Partir les derniers migrateurs.

Ils souffrent bien sous cette pluie ;
Mais, au pays ensoleillé,
Je songe qu’un rayon essuie
Et réchauffe l’oiseau mouillé.

Mon âme est comme une fauvette
Triste sous un ciel pluvieux ;
Le soleil dont sa joie est faite
Est le regard de deux beaux yeux ;

Mais loin d’eux elle est exilée ;
Et, plus que ces oiseaux, martyr,
Je ne puis prendre ma volée
Et n’ai pas le droit de partir.

François COPPÉE (1842-1908)