L’éternelle histoire – Anatole LE BRAZ

Alfred Guillou AdieuIls avaient dit bonsoir aux femmes
En train de coucher les petits ;
Et, sur le dos mouvant des lames,
A la brune, ils étaient partis.

Ils étaient partis, à mer haute,
Pour conquérir le pain amer
Qu’il faut gagner loin de la côte,
Au péril de la haute mer.

Dans la nuit, la nuit sans étoiles,
Ils disparurent… A Dieu vat !
Le Guilvinec pleure cinq voiles,
Et cinq autres Leskiagat.

Pêle-mêle, mousses imberbes,
Patrons chenus, fiers matelots
Roulent, fauchés comme des herbes
Par le vent, ce faucheur des flots.

Oh ! la triste chanson d’automne,
Et qu’il fera froid, cet hiver,
Dans le coeur dolent des Bretonnes,
Veuves tragiques de la mer !

Anatole LE BRAZ (1859-1926)

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